L'âme du lieu

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Une brasserie pleine d'esprit !

Le Quartier Latin… Lieu de rencontre intemporel du savoir et de l’humour potache où maîtres et élèves se succèdent, de pupitres sévères en comptoirs de bistrots. C’est ici que naît Le Balzaren 1890, entre Sorbonne, Collège de France et grandes Facultés parisiennes de Médecine et de Droit. Le pays rayonne alors du prestige de la Belle Époque, et au cœur du Paris artistique et intellectuel à la mode, le Picard, Amédée Balzar ouvre un estaminet où il sert des chopes tirées à la pompe, au 49, rue des Écoles. A proximité des plus grands cafés littéraires de l’instant, Soleil d’or, Vachette, Taverne du Panthéon ou Café de Cluny, l’établissement rassemble d’emblée les étudiants à court d'argent, qui y refont le monde et la philosophie.

Prenant quelques années plus tard une retraite bien méritée, Amédée Balzar finit par vendre son échoppe au propriétaire de l’imposante Brasserie Lipp, Marcelin Cazes, qui en confie les travaux de rénovation à son architecte Louis Madeline. Fervent adepte de l’Art Déco, il ré-enchante Le Balzar où, au-dessus d’un carrelage au stylisme discret, des globes d’opaline diffusent leur douce lumière le long des tables de bois brut, sublimant la sobre élégance des boiseries sombres et des banquettes de moleskine. Ça et là de puissantes affiches et tableaux immortalisent les années 30, tel celui de Partarrieu, en hommage cubiste à l’établissement. Placés en vis-à-vis sur les murs de la salle, d’immenses miroirs se reflètent à l’infini, démultipliant l’espace et ravissant les yeux de ceux qui les lèvent au ciel: au sommet des murs du Balzar, les miroirs ingénieux s’inclinent pour le plus grand bonheur des curieux qui y contemplent à loisir les assiettes des tables voisines

Madame Marcellin Cazes en fit une autre institution de la Rive Gauche qu’on l’appela le Petit Lipp. Dans sa discrète indifférence, Le Balzar respecte l’anonymat des plus grands et inspire les visionnaires. Au menu de la brasserie, politique, science et médecine, littérature, histoire et droit, architectes et philosophes se confrontent à l’envi entre deux plats du jour. A la fumée du tabac se mêlent pendant la Guerre Froide les conciliabules incessants de Sartre, Camus et Beauvoir. Plongé dans la carte des plats, André Malraux trouve l’inspiration pour son prochain discours. Jacques Toubon et sa femme évoquent à fois politique et peinture. Perdu dans ses pensées, Jean Tulard invoque au dessert les grandes heures napoléoniennes. En quittant la Sorbonne ou le Collège de France, Vaclav Havel ou Mario Soarès viennent y commenter les dernières conférences. Louis Malle puis Johnny Depp savourent tour à tour cinéma, raie au beurre et profiteroles au chocolat… Et sans se laisser perturber par le faste, la jeunesse, les rires ou le cosmopolitisme ambiant, Le Balzar emmagasine l’humour, la science, l’espoir, l’avenir et l’âme.

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